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  • Lank Ayrill Pendragon
  • Chröniks des Royaumes, par Lank Ayrill, scribe
  • Femme
  • littérature écriture auteur fantasy portes
  • Scribe se rêve auteur. Ignore si il lui manque des cases. Mais rêve chaque jour plus haut, plus loin...derrière une autre porte. Dans un autre univers.

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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 15:22

Un coup de vent et il glissa à terre, une tulipe s'étoffant lentement sur les pans de sa chemise désespérément blanche. Le temps sembla s'arrêter au bord de sa route, témoin omnipotent mais impuissant à rattraper ce geste fatal, témoin que l'autre présente appelait de ses voeux, de cris plus déchirants que le voile des deux mondes, que son compagnon venait de traverser. La louve les observait encore, détachée, sa mission accomplie : trouver le maillon faible et frapper à mort. Il était supposé isolé, mais la femme ne l'avait pas abandonné. A aucun moment jusqu'à la curée. Elle saignait abondamment, mais la Louve n'était pas à ses trousses. Elle n'avait qu'une cible, à terre, paisible maintenant au delà de toutes les souffrances infligées bien avant la curée.

"Je m'attaquerai à tout ce qui est important pour toi ; à tout ce qui t'est cher. Tous ceux que tu aimes, tu les verras tomber ; tu perdras tout et quand tu auras tout perdu, tu te mettras à fuir sans but. Je t'attendrai au tournant...Tu n'auras plus rien à perdre."

Conclusion presque tendre à son message d'avertissement.

Mais celui-là avait coupé les ponts, fui, fui toujours. Rien ne l'avait touché ;  la louve lui avait découvert une compagne d'exil. Presque admirative, elle avait repris la partie à zéro, surtout ennuyée par cette proie survivante et obstinée. A prédateur, prédateur et demi ; louve, elle était, les affaiblir était jeu d'enfant. Leur fuite en avant lui avait donné tous les atouts ; ils n'avaient jamais eu la main.

Il gisait maintenant, la femme accroupie en larmes auprès de lui, inconsciente de la proximité de leur adversaire.

"Vous avez fui pour rien ; ça fait partie du jeu."

L'éplorée leva les yeux, enragée d'une fureur totalement sans danger.

"C'est fini."

La madone ensanglantée par son amant n'osa pas relever les yeux. La louve se détourna et décrocha son téléphone, composant de mémoire un numéro.

"C'est fait.

-C'était du rapide. Vous êtes la meilleure."

Un gémissement s'éleva dans son dos. Sa deuxième victime venait d'arriver à la même conclusion. La femme avait sa part du loup.

**

©MgS.16-08-2011

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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 14:17

        Ryker traversa le vestibule du building Barras, poussant devant lui un chariot gravitationnel recouvert d'un drap. Shelly lui lança un regard intrigué ; le jeune homme lui sourit et leva un pouce pour lui signifier que tout allait bien. Il passa dans le couloir qui menait à la porte de Barras et frappa trois coups.
« Entrez. »
Ryker regarda sa montre. Il était sept heures du matin ; il sourit. Il avait anticipé de deux jours sur sa mission. Il ouvrit la porte et entraîna son chariot avec lui. Romero l'attendait.
« Finn, qu'est-ce que c'est que ça ?
-Le monstre, boss. »
L'ectoplasme s'enfonça dans son fauteuil.
« Et tu l'as amené comme ça, sans cage ?
-Il n'est pas dangereux. »
Barras n'avait pas l'air rassuré. Ryker commença :
« Je ne sais pas si tu te doutes du niveau de difficulté de la quête que tu m'as demandé d'accomplir...
-Pas si imposant que cela. Je t'avais donné trois jours ; tu reviens après quelques heures. »
Ryker sourit et reprit :
« Tu m'as parlé de la terreur qu'inspiraient les vampires ? Les monstres génétiques ? Les créatures fantastiques ?
-Oui, oui, oui.
-Eh bien, ils sont tous juridiquement connus et reconnus, tolérés, appréciés même, voire convoités pour leurs prouesses sexuelles. »
Romero se gratta le menton.
« Ah, oui. Dur de trouver un monstre.
-On m'a conseillé de prendre un psychopathe ou un assassin. Mais ce n'est pas marqué sur son visage, ou sur son corps qu'il est dérangé.
-Bonne idée, mais correct pour l'inconvénient.
-Merci, Romero. »
Le fantôme eut un geste d'appréciation. Ryker reprit :
« Et il y a les Charismes. »
Romero pâlit.
« Tu en as croisées ?
-Il y en a une qui n'attend qu'un ordre pour exécuter ma sentence. Payée par le Cosmos.
-Les chiens ! »
Ryker sourit, victorieux.
« Elle arrivera trop tard. J'ai mon monstre. »

Il dévoila brusquement ce qui était sous le drap. Un cadre cuivré et richement orné de moulures gracieuses apparut. En son milieu, une surface claire, couleur argent se mit à luire lentement, réagissant à la lumière. Puis une forme se dessina. Ryker contourna l'objet sublime et murmura :
« Un simple miroir réfléchissant. »
Sur le verre, Romero se contemplait, stupéfait. Nombre de créatures fantastiques n'apparaissaient pas dans les miroirs ordinaires. Sauf que dans celui-là, l'ectoplasme apparaissait. Ryker souffla :
« Razio s'est vu dedans, aussi. »
Romero lui lança un regard subjugué
« Le vampire ? »
Ryker approuva d'un signe de tête. Barras se tourna de nouveau vers le miroir. Il ouvrit de grands yeux. Une exclamation ébahie lui échappa.
« C'est tout ? »
Finn se contenta d'acquiescer une nouvelle fois. Romero resta saisi quelques instants, puis il bondit sur ses pieds, traversant le sol sur quelques centimètres avant de se rattraper et de se rematérialiser dans son bureau.
« C'est génial ! Ryke, si je n'étais pas ton seul supérieur, je t'aurais promu. »
Ryker sourit et rétorqua :
« Une augmentation, alors ? »
Romero approuva vigoureusement.
« Aucun problème. Le Cosmos va s'envoyer par le fond... »
Il lui serra la main avec enthousiasme.

Quelques instants plus tard, Ryker refermait la porte sur un Barras complètement euphorique, dont l'ectoplasme scintillait d'éclairs multicolores. Shelly lança :
« Ryker ! Tu as de la visite. »
Elle lui lança un clin d'œil suggestif.

Une visiteuse. Ryker souffla lentement, puis s'approcha de sa porte. Il l'ouvrit d'un grand geste. Le fauteuil devant lui pivota, révélant une jeune femme brune, vêtue en rouge et noir.


Kara l'attendait.

*


©Mortimer 2010

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 12:37

 

 

Le hall de la tour était entièrement circulaire et fait de plaques de verre translucides sur les trois-quarts de sa circonférence. Le dernier quart était constitué d'une boiserie précieuse qui dissimulait la porte d'un sas d'ascenseur, qui s'ouvrit dès que Finn passa la porte tournante. Un petit être d'une quarantaine de centimètres sortit de l'ascenseur, qu'on devinait richement décoré dans les tons écarlate et or brun. Debout sur une planche gravitationnelle, la créature s'éleva à hauteur de Ryker. C'était une femme, admirablement proportionnée pour sa petite taille, un peu plantureuse, blonde, la peau lumineuse et les yeux gris profonds. Elle portait une tunique rouge et gris par dessus un pantalon resserré aux chevilles du même ton brumeux. Elle sourit et observa :

« Je sais, vous nous voyiez avec des ailes... »

Surpris, il rétorqua :

« Euh...Non. »

L'elfe le regarda et sourit. Brusquement, son téléphone sonna. Finn leva une main ; elle le laissa répondre. Il n'eut le temps ni de raccrocher, ni de répondre que la voix de Kaerleya retentissait dans son écouteur :

« Ryker...gémissait-elle, je t'attends. Il faut qu'on discute. Je ne peux pas vivre sans toi, j'en suis sûre, maintenant. Je te laisserai... »

Ryker raccrocha et sourit à la petite elfe, qui le regardait, impassible. Elle n'avait pas pu entendre la conversation. Si on pouvait appeler cet interlude une conversation, se dit-il avec ironie. L'elfe se présenta :

« Rosa Marinero, enchantée, monsieur Finn. Nous savions que vous viendriez nous voir d'un moment à l'autre. »

Ryker ne put pas cacher sa surprise.

« Comment ?

-Les elfes ont réponse à tout. » répondit-elle en lui indiquant l'ascenseur.

Il la suivit ; la porte se referma silencieusement. Il demanda quelques instants plus tard, un peu nerveux :

« Si on pouvait faire vite ? ...J'ai quelques ennuis à régler ensuite.

-Oh. La femme... »

Rosa sourit et ajouta :

« Ou peut-être devrais-je dire...les femmes ? La Bergamienne est un souci ?

-Oui, plutôt. »

La petite fée hocha la tête ; la porte de l'ascenseur s'ouvrit. L'elfe sortit devant lui, volant à sa hauteur. Ryker secoua la tête pour chasser une pensée importune. La petite elfe se retourna et demanda, tout sourire :

« Vous nous voyiez plus grands ? »

Il la rejoignit hors de l'ascenseur, se passa une main dans les cheveux et répondit :

« Euh, oui, en fait.

-Ne vous inquiétez pas ; j'ai l'habitude, répondit-elle, sans cesser de sourire. Ce grand prêtre humain nous a causé beaucoup de problèmes en nous idéalisant de la sorte, mais il a eu le bon goût d'essayer. »

Ryker la suivit dans un long couloir. Marinero continuait à parler avec un accent espagnol chantant :

« De fait, nous sommes plus petits que les nains. C'est drôle, non ? Toute la vague des jeux fantasy des siècles passés se basait plus ou moins sur des elfes plus grands, plus beaux et plus endurants...enfin. Nous y sommes. »

Elle ouvrit une porte marquée d'une étoile cerclée d'or et commenta :

« Je connais personnellement un nain qui a la beauté de ces elfes mythiques. C'est un seigneur richissime... »

Ryker demanda, intrigué :

« Sire Logan Feld ? »

Rosa ouvrit de grands yeux.

« Vous connaissez Logan ? »

Ryker sourit et hocha la tête. Ainsi, Rosa Marinero était la Rosa de Logan. A ce qu'il savait (de première main), le nain qui régnait sur les casinos au Nord de Broadway était fou amoureux de sa devineresse elfe. Manifestement, le sentiment était réciproque.

Rosa eut du mal à s'extirper de sa rêverie. Elle lui offrit un siège, devant une table très basse. Elle claqua des doigts et une boule de cristal s'échappa d'une étagère. Ryker fronça les sourcils ; Rosa eut un sourire sarcastique.

« C'est le meilleur matériau jamais inventé pour la lecture, Finn. »

Le jeune homme rétorqua :

« Ce n'est pas très fiable... »

Rosa murmura :

« Avec vos chamanes humaines, peut-être, mais c'est parce qu'elles ne savent pas poser les bonnes questions... »

Son sourire devint malicieux.

« Ou peut-être qu'elles n'ont pas de répondeur à l'intérieur. »

Ryker se pencha pour scruter l'intérieur de la boule.

 

A l'intérieur, un animal translucide en forme de hérisson dormait, roulé en boule. Rosa murmura avec tendresse

« Chill est un peu fatigué. Mais il répondra à vos questions.

-Je n'en ai qu'une.

-C'est ce qu'on verra. »

Elle se pencha à son tour et chantonna :

« Chill, réveille-toi. »

Le petit hérisson ouvrit les yeux. Deux perles noires se tournèrent brusquement vers Finn, qui ne put s'empêcher de reculer d'un pas. Le petit animal translucide demanda d'une voix qui ressemblait à un miaulement de chaton :

« Tu cherches un monstre, c'est bien ça ? »

Ryker commença à s'expliquer :

« Oui, mais c'est difficile. Notre société est tellement polymorphe que plus rien n'est monstrueux. »

Chill lui adressa un regard de reproche. Ryker se tut abruptement.

« On continue à tuer, répondit l'animal, on continue à user de la violence, à abuser de pouvoirs mal acquis...

-Mais on n'a plus peur de la différence... »

Chill gronda :

« Qui veut faire son beurre de la xénophobie ? »

Ryker recula de plusieurs centimètres, bien que le hérisson soit enfermé dans une boule de cristal. Rosa restait impassible. Le petit hérisson reprit :

« Nous avons intégré la différence. C'est très positif... »

Un silence, puis il pondéra :

« Mais vous n'aviez pas le choix. Les réseaux supra-galactiques vous auraient écrasé sans merci. »

Il y eut un silence. En effet, seule la menace d'une guerre absolument sans précédents avait contraint l'humanité à adopter la tolérance et l'ouverture comme politiques globales. L'animal soupira :

« Néanmoins, tu cherches un monstre. Pour créer le grand frisson, pour attirer une audience. Je ne voudrais pas t'aider. »

Ryker leva les mains. Chill reprit – et on pouvait entendre un sourire espiègle dans sa voix de petit chat :

« Mais je vais le faire quand même. Tu cherches un monstre ?

-Oui.

-Je vais t'en donner un. »

Chill devint transparent. Ryker bondit :

« Il s'est rendormi ! »

Rosa leva une main.

« Une seconde, Finn. »

Le corps du petit hérisson devint brusquement opaque, emplissant la boule de cristal d'une présence blanche. Peu à peu, la matière opaque devint plus claire, jusqu'à réfléchir une image. La petite voix de Chill résonna :

« Vois. »

Ryker leva les yeux, bouche bée. Rosa sourit.

« Tu as ta réponse. »

Sur ce, elle se leva et allait ranger la boule quand Chill reprit :

« Juste un conseil : ne fais pas traîner les choses avec Kaerleya. »

Rosa fit voler la boule sur son étagère.

« Je t'avais bien dit que tu avais plusieurs questions. »

Elle lui ouvrit la porte. Toujours choqué, Ryker demanda :

« Qu'est-ce qu'il a dit pour Kaerleya ?

-Il t'a conseillé de la quitter. »

Elle lui tapota l'épaule et s'éloigna en voletant. Ryker la suivit des yeux, puis reprit le couloir, comme en automatique. Le temps de parvenir à sa moto, il avait un grand sourire aux lèvres. Il venait de réussir la mission impossible que lui avait confiée Romero. Le patron n'en reviendrait pas.

***

 

 

©Mortimer 2010

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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 17:29

 

« Tu ne devrais pas t'intéresser à elle. Elle s'appelle Kara. »

Se disant, il se décala légèrement pour que Ryker puisse voir la personne dont il parlait. C'était une jeune femme tout ce qu'il y avait de plus humaine, une rareté au Star system. Elle était entièrement vêtue de noir, jusqu'à ses bottes qui épousaient ses mollets. Ses cheveux bruns étaient nattés sur le côté et quelques mèches s'échappaient de l'autre côté. Elle avait l'air jeune et un peu trop gracile pour vraiment tenir sa place dans le monde du Star system. Il demanda :

« C'est l'une des danseuses ? »

C'était le seul métier qui lui venait à l'esprit en la regardant. Gracieuse et incroyablement sensuelle ; nul doute à son idée qu'elle enflammait la scène quand elle y montait. Vorag secoua la tête lentement.

« Non, elle est mercenaire pour les parrains. »

Ryker le regarda sans comprendre. Razio indiqua :

« C'est une Charisme. Et elle a sûrement un contrat sur le type là. »

Ryker retrouva Kara immédiatement. Un jeune homme, musculeux, solide, probablement Mercurien ou loup-garou, venait de s'attabler à côté d'elle et lui parlait d'une voix doucereuse. On n'entendait rien de plus, mais rien qu'à son expression, ils savaient qu'il la menaçait. Razio murmura, atterré :

« Ses chefs sont complètement idiots. »

Vorag souffla :

« J'ai entendu une rumeur comme quoi, on aurait trouvé un moyen de le contourner...

-Tu es sûr ?, s'enquit le vampire.

-Je parie que ça ne marche pas. » répondit posément le Centaurien.

Les trois amis observaient la scène au comptoir.

La jeune fille se tourna posément vers le jeune homme et le prit à la gorge. Un étrange silence se répandit dans la salle du bar, pourtant bruyant et surpeuplé. Le jeune homme tomba à genoux devant elle et lui lança un regard vitreux. Kara se retint d'une main au comptoir, comme pour parer à une micro-seconde de faiblesse, puis elle se redressa et lui chuchota quelques mots à l'oreille. Le jeune homme se releva à toute vitesse et disparut. La jeune femme paya sa consommation et sortit à son tour, suivant sa victime. Vorag soupira de soulagement.

« Par les esprits... »

Ryker demanda :

« Mais que s'est-il passé ?

-Kara est une Charisme, Ryke ! Elle a le pouvoir de te faire faire exactement ce qu'elle veut. On dit que la coutume en ce moment, c'est de demander à ses victimes de se tuer. »

Razio hocha la tête, écœuré.

« Depuis qu'on a découvert les pouvoirs psychiques...

-Mais ils ne marchent jamais sur tout le monde..., reprit Ryker.

-C'est peut-être bien le seul pouvoir aux effets inter-espèces. Je n'ai pas encore rencontré de gens qui soient vraiment capables de résister au Charisme. »

Vorag frissonna et demanda :

« On peut parler d'autre chose ? »

Razio plaisanta, d'une voix blanche :

« Kara ferait un beau monstre, non ?

-Parce que tu crois qu'elle viendrait de son plein gré ? », fit Vorag en frémissant.

Razio secoua la tête.

« Non, oublie-ça. Elle est trop dangereuse.

-Qu'est-ce que tu vas faire, alors ? »

Ryker regarda ses deux amis. Leur civilisation était devenue si variée, si hétéroclite, si cosmopolite, que plus rien ne semblait pouvoir tenir longtemps le titre de monstre.

« Je vais aller voir les elfes, décida-t-il. Ils ont toujours réponse à tout. »

Razio, railleur, rétorqua :

« OK, mais ils parlent par énigmes. Bonne chance, Finn ! »


Il n'avait jamais vraiment rencontré les elfes. Trop de rumeurs circulaient à leur sujet ; ils étaient instables, énigmatiques et insupportables à la majorité, non seulement de l'humanité mais aussi de toutes les espèces qui avaient élu séjour sur la planète bleue. Il y avait néanmoins une lointaine légende, qu'on disait mise par écrit quelques siècles auparavant, qui faisait des elfes les premiers êtres vivants cultivés sur la Terre. La légende en question était en fait trop sibylline pour être limpide et nombreux étaient ceux qui la tenaient pour une allégorie. Ryker savait qu'une communauté elfique importante s'était installée dans le Bronx. C'était donc là qu'il se rendait alors qu'il n'était pas encore trois heures du matin. Son téléphone ondique avait déjà sonné  quatre fois, laissant entendre la voix exaspérée de Kaerleya, qui voulait savoir où il était passé. Ryker avait décidé au premier appel de couper les ponts avec la Bergamienne, qui n'avait pour elle que les attraits physiques d'un charme à couper le souffle et d'une sexualité complètement débridée. Une cinquième sonnerie retentit. Finn allait raccrocher sèchement comme à son habitude cette nuit-là, mais la voix n'était pas celle de Kaerleya. Elle était veloutée, un peu grave, profonde mais féminine et douce. Ryker fut fasciné.

« Finn Ryker ? »

Curieusement, la seule femme qu'évoqua cette voix fut la Charisme Kara. Il demanda :

« Qui est à l'appareil ?

-Peu importe. Arrêtez ce que vous êtes en train de faire.

-Ah. C'est un ordre personnel ou professionnel ?

-Professionnel. Le Cosmos veut vous voir échouer. »

Ryker eut un frisson d'excitation. Les enjeux de sa recherche impossible venaient de s'élever. Le Cosmos pensait sans doute qu'il pouvait réussir. Il sourit et demanda :

« Vous savez sûrement que ma mission est impossible ? »

La jeune femme à l'autre bout de la ligne rétorqua :

« On pense que vous allez y arriver. Vous êtes plus intelligent que vous n'y paraissez, Finn. »

Son sourire s'élargit. Elle ajouta :

« Vous devriez vous retirer avant d'être effacé. Vous connaissez sûrement les effets du Charisme ? »

Ryker ne cessa pas de sourire.

« Merci du conseil. Mais que vous importe ? »

Il y eut un silence, puis elle répondit froidement :

« Je suis sûre que vous n'aimeriez pas m'appeler maîtresse Kara. »

Puis elle coupa la communication. Ryker, arrêté sur une des plateformes au bord de l'aéro-route, ralluma son moteur et fit décoller sa moto. Devant lui, se dressait la tour Elven path, qui abritait les elfes qu'il voulait rencontrer.

***

 

©Mortimer 2010

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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 18:25

 

                  Errer, sans but réel, dans la nuit n'était pas vraiment du goût de Finn. Rapidement, et inconsciemment (du moins, l'espérait-on), ses pas le rapprochèrent d'un quartier proche de Times Square, sur l'une des rues mineures perpendiculaires à l'artère d'où il venait. Quand il reconnut les environs, il était à la porte d'un pub-night club renommé dans cette partie de la ville pour sa clientèle cosmopolite, un brin louche mais somme toute, qui savait sauver les apparences en toutes circonstances. Dire que Finn y avait ses habitudes serait un euphémisme ; c'était là, au Star system, qu'il commençait toutes ses recherches pour le boss, qu'il s'agisse de danseuses exotiques, d'extraterrestres jongleurs, en un mot comme en cent, de divertissements pour le cirque du Barras show. L'inspection du travail pourrait objecter contre ce qui ressemblait bien à un astucieux mélange de professionnalisme et de plaisir licencieux.

« Pas très sérieux, tout ça » aurait-on pu résumer. La rumeur murmurait que c'était ce qui figurait sur le dossier de Ryker. Il connaissait tout le monde auStar. Dès son entrée dans le sas obscur, le temps de s'habituer au tumulte qui régnait à l'intérieur, malgré la porte intérieure fermée, le patron, un humain au visage noir à gauche-sa couleur naturelle- et vert à droite, entra par une petite porte sur sa gauche et le salua.

« Hey, Finn. Tu commences tôt, ce soir ?

-Grosse mission, Jonathan. » répondit-il.

Le patron sourit et annonça :

« Razio et Vorag sont déjà là eux aussi. Ils doivent être... »

Il eut un geste vague pour désigner la porte toujours fermée et soupira :

« Comme d'habitude. »

Sur ces mots, il sembla prendre son souffle comme un plongeur qui s'apprête à sauter dans le grand bain, puis poussa la porte.

 

Le volume monta d'une centaine de tons ; un groupe de rock, mixte, vampires et loups-garous, se produisait devant une foule en délire, qui mêlait gaiement toutes les espèces répertoriées depuis l'ouverture des frontières spatiales. La lumière tamisée dans l'ensemble de l'immense salle plus ou moins circulaire bleutait les musiciens sur la scène et nimbait de couleurs chaque fois différentes les petites tables rondes qui occupaient les espaces plus éloignées de la scène et de la fosse qui servait de piste de danse. La salle n'était nulle part silencieuse, mais autour des tables, on buvait, on riait, on discutait, on se disputait , on flirtait avec les serveurs des deux sexes, voire même du troisième, qui circulaient avec grâce et avec le sourire dans la salle. Ryker se sentit mieux tout à coup ; c'était une soirée plus ou moins normale au Star system. Soudain, il aperçut une silhouette assise à une table à droite de la scène, une forme humaine familière.

« Razio ! »

L'homme se retourna. Il n'était plus humain depuis une vingtaine d'années. Pâle, les yeux gris, les cheveux blonds, avec de longues canines, il avait testé la nouvelle loi d'insertion votée en Suède pour l'intégration de nouveaux venus dans la communauté vampire. Une loi qui avait notamment réprimé le bizutage des nouveaux nés. Juste à côté de Razio, se tenait un humanoïde à peau jaune fluo, aux yeux vert vif, à la bouche pleine de petites dents de requin, qui buvait un liquide non-identifié. C'était un Centaurien, arrivé de la lointaine Alpha du Centaure depuis quatre-vingt-cinq ans sur la Terre , Terrien depuis dix ans et ami de la famille Finn depuis trois générations. Son vrai nom était imprononçable en anglien - langue globale depuis le décret universel de Bamako, en 2182 -, mais il se faisait appeler Vorag – il aimait bien les sonorités.

« Vorag ! »

Les trois se donnèrent l'accolade. Razio demanda :

« Qu'est-ce qui t'amène au Star system ? »

Vorag approuva la question sans un mot. Ryker répondit :

« J'ai une mission pour le Fantôme. »

Vorag sourit.

« Barras t'a encore demandé l'impossible ? »

Ryker approuva d'un signe de tête.

« Il veut que je lui trouve un monstre. Mais ça me paraît...difficile. Il se base sur des romans du XXIe siècle... »

Razio prit un air érudit et murmura, comme inspiré :

« Oh, le siècle xénophobe... »

Ryker rétorqua posément :

« Je sais et ça ne m'aide pas. »

Vorag demanda :

« Tu as pensé à faire de la transfusion spirituelle ? Tu prends n'importe qui et tu donnes à l'audience la mentalité du XXIe

-Oui, c'est ça, rétorqua Razio sèchement, et quelques bienheureux en 2000 et quelques se retrouvent avec la mentalité de 2400 et des poussières...Imagine la surprise quand ils découvrent qu'ils n'habitent plus leur super maison, avec leur super véhicule et qu'ils doivent aller à pied jusqu'au métro... »

Vorag lui adressa un regard vide et rétorqua :

« Il faut bien des avant-gardes, non ? »

Il lui fit un clin d'œil. Razio s'étouffa avec la gorgée qu'il venait de boire. Il s'efforça de tout avaler sans s'alarmer, mais malgré ses efforts, un filet pourpre coula légèrement de sa lèvre inférieure. Ryker, intrigué, demanda :

« Qu'est-ce que tu bois ? »

Razio répondit, amusé :

« Ça m'étonnerait que ça te plaise. C'est du sang d'un nouveau genre, synthétique. On dit que le créateur pourrait postuler à deux Nobel. Biologie et Paix.

-C'est du lourd, dis-moi.

-Comme tu dis. Ce Hellman est un génie. On dit que Vlad lui aurait proposé la citoyenneté honoraire chez les vampires...

-Ma foi !

-Hellman a refusé », expliqua Vorag avec un sourire amusé, en levant son verre.

Razio lui adressa un regard noir. Vorag sourit plus largement. Ryker secoua la tête et comme la serveuse s'approchait, une Vénusienne manifestement déjà sous son charme, il se contenta de lui commander sa boisson préférée, un mode de punch fortement alcoolisé. Razio reprit :

« Et donc, comment tu vas faire pour trouver un monstre ?

-Eh bien, c'est une bonne question. Je ne peux pas prendre un vampire... »

Razio secoua la tête, visiblement offensé.

« Un extraterrestre...

-Non, gronda Vorag.

Ryker continua à lister, en souriant :

« Un loup-garou, un être à trois têtes, une conscience intériorisée, un truc invisible...bref, ma liste des impossibles est plus longue que celles des pistes que je peux creuser. »

Vorag hocha la tête pensivement.

« Tout ce que le XXIe siècle rêvait de bizarre a été découvert peu à peu depuis.

-Et surtout prouvé, depuis, surenchérit Ryker.

-Et un criminel, un psychopathe ?, proposa le Centaurien.

-Et comment reconnais-tu ce genre de types ? » demanda sèchement Razio.

Il y avait quelque chose d'irréel à discuter de caractères psychopathes à côté de l'un des êtres qui répondait le mieux à la description. Voire de deux d'entre eux, vu que les Centauriens n'étaient pas forcément réputés pour leur paix intérieure. Ryker reprit :

« Et si tu prends un psychopathe...disons, Théaurien, comment feras-tu comprendre au public qu'il est là pour sa psychopathie et non pour son origine de Théaure ? »

Vorag eut un rire un brin effrayant.

« Ça ne risque pas de choquer grand-monde ; Théaure a été détruite il y a une dizaine d'années.

-Je sais. C'est pour ça que je disais ça. »

Vorag hocha la tête gravement.

« Je vois ce que tu veux dire. » fit-il solennellement.


Razio s'étouffa à moitié.

« Raz ? »

Le vampire secoua la tête.

« Non, tout va bien. Ne vous inquiétez pas. »

Vorag se pencha pour regarder dans la même direction que son ami et se figea. Il murmura :

« Et tu n'as rien dit ?

-Tu as des problèmes avec elle aussi ?, s'étonna le vampire.

-Non, pas vraiment... » répondit l'extraterrestre, peu convaincant.

Il posa son verre avant de reprendre :

« Elle me fait peur. »

Ryker demanda, intrigué :

« De qui vous parlez ? »

Razio soupira, en regardant Vorag :

« Mauvaise idée. »

Vorag hocha la tête. Ryker allait insister, quand le vampire reprit, menaçant :

« Tu ne devrais pas t'intéresser à elle. Elle s'appelle Kara. »

***

 

 

© Mortimer 2010

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