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  • Lank Ayrill Pendragon
  • Chröniks des Royaumes, par Lank Ayrill, scribe
  • Femme
  • littérature écriture auteur fantasy portes
  • Scribe se rêve auteur. Ignore si il lui manque des cases. Mais rêve chaque jour plus haut, plus loin...derrière une autre porte. Dans un autre univers.
Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 19:05

Allez, vous avez tous lu au moins un Harlequin dans votre vie. Juste pour voir...

 

Pour ma part, j'en ai bien lu une trentaine, entre les Harlequin  proprement dits, les Barbara Cartland, les Danielle Steel et consoeurs, ainsi que Twilight et compagnie.

Commençons par un constat : c'est toujours la même histoire.


Et si c'était la réalité, la réalité des Harlequinserait un cauchemar. Un genre plein de personnages descriptibles en termes d'Amour, gloire et beauté, et très unidimensionnels.

Et si la gloire n'est pas au rendez-vous au départ, attendez ! Elle arrive à grands renforts d'amour avec un grand patron, avec une star de cinéma ou autres ersatz de la gloire, auréolés d'un charme magnifique.

Parlez-moi de rêve sous emballage, je vous montrerai ces livres de poche à couverture bleue, voire rouge (pour les incursions dans les dessous osés).

 

Par suite, le pire commentaire que j'aie jamais entendu avait comparé Jane Austen à un Harlequin.

 

Certes. Il y a bien communauté de finalités : le mariage. Mais autrement...

Rien à voir.

Déjà, Ms Austen ne nous impose pas de considérer ses personnages comme les combles de la perfection humaine en termes d'esthétique - c'est un jalon indispensable de l'écriture de la collection rouge et bleu.

Ensuite, ses personnages font des plans, réfléchissent, discutent, font preuve de sarcasmes, d'humour, de toute l'étendue enfin du langage de salon. Les Harlequins ne discutent pas. Ils causent de thèmes préétablis. Famille, argent, sexe,...bref, leurs centres d'intérêts et leurs psychologies tiendraient sur un mouchoir de poche.

Il faut simplifier le matériel des rêves pour les influencer.

A vrai dire, nos rêves eux-mêmes ont de fait plus de complexification qu'un Harlequin.

 

Le Harlequinest une méthode d'inception© de malade ! 

 

Question humanité, la collection n'est pas à la pointe du progrès. Gagnent les beaux, riches et célèbres et combien de personnages - qu'on nous dépeint comme ayant été imbuvables (masculins surtout, ne me demandez pas pourquoi !) et dont on s'aperçoit qu'ils le sont restés (un peu - où serait leur charme, sinon ?) - sont finalement conquérants à nouveau de leur "timide" ex (devenue plus flamboyante entre-temps, surtout professionnellement) !

On aurait pu penser que gagner en potentiel épanouissement aurait appris une chose ou deux à ces ex à propos de leurs anciens compagnons qui les avaient empêchés de prendre cette route-là...Mais non. Pas d'histoire Harlequin sinon.

On pourrait extrapoler en disant que cette collection nous dépeint le romantisme le plus absolu sur le thème : l'amour ne connaît pas de raison, l'amour ne meurt jamais.

On a quand même fréquemment des situations au bord de la fascination pour la cruauté mentale (hommage inconscient de la collection aux Liaisons dangereuses ?), selon la bizarre équation : amour = souffrance infligée ?

 

Exemple : Twilight.

Pas directement un produit Harlequin, mais tout à fait proche pour que mon ressentiment puisse trouver à s'exprimer.

Pourquoi est-ce Edward qui gagne Bella, alors que Jacob est à côté ?

Pourquoi est-ce la mort qui gagne, quand tout en Jake symbolise la vie ?

Pourquoi choisit-elle celui qui la plonge dans une page blanche démentielle, couronnée par le seul passage du temps (dans le roman : après son départ )?

Note additionnelle : comment expliquer le succès d'une héroïne aux tendances suicidaires affirmées ?

Comparativement, the Host de la même Stephenie Meyer est incomparablement plus optimiste ; Wanda, si elle souffre encore d'un complexe du martyr, n'est pas le moins du monde suicidaire. 

De mon point de vue, ce cher Edward exagère, tout comme le professeur Higgins dans My fair lady. Mais ce n'est que mon avis.

 

En face, je sors un autre atout : Persuasion. Synopsis : soient Anne Elliott et Frederick Wentworth, sept ans après que Anne a rompu leurs fiançailles pour cause de pression familiale, comme les Elliott, à l'orgueil aristocratique, ne pouvaient décemment laisser entrer un jeune marin sans fortune, Anne était bien trop jeune et la guerre avec Napoléon venait de commencer. Sept ans plus tard, la guerre finie, Frederick rentre enrichi des batailles océaniques et ils se revoient, sans plus rien apparemment de leur ancienne histoire. Pourrait-on croire, parce qu'évidemment, Anne a des regrets et Frederick va ouvrir les yeux sur ce qui le pousse. Harlequinesque ? Ou presque, car les deux personnages se débattent dans l'écheveau de leurs décisions, de la pression familiale sur les jeunes, de leur amour. On y parle de constance, d'orgueil, d'erreurs, de caractère, d'humeurs, de résolution, de convoitise et d'une des plus lettres d'amour jamais écrites. Quel Harlequin peut rivaliser, sincèrement ?

 

Le challenge serait donc d'investir les règles du genre Harlequin, pour le perfuser de subversions littéraires. L'auteur qui réussira ce tour de force, de produire un roman sentimental avec ce je-ne-sais-quoi qui fait les chefs-d'oeuvre, aura droit, je pense, à une page spéciale de La plume est plus forte que l'épée.

 

Autrement dit, complexifier le simple, instiller de la couleur dans le noir et blanc... à l'instar du meilleur des comédies sentimentales américaines.

Et si le dit auteur (homme ou femme) pouvait donner un peu plus de jugeote et d'imagination à ses personnages, par la même occasion...je lui tirerais mon chapeau fictif.

 

Cordialités aux Harlequins,

MgS

toothy

IRLscrib

 

()© Warner Bros.Pictures.

Par Lank Ayrill Pendragon - Publié dans : Book Reviewer
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Vendredi 10 juin 2011 5 10 /06 /Juin /2011 15:20

Septième lettre de l'alphabet...

 

G

comme

 

Gargouille : les gouttières des cathédrâles, à têtes de monstres antéhistoriques, qui - c'est bien connu - prennent vie à la nuit brune ou quand personne ne les regarde. Aussi connues par leurs équivalents animés, les Gargoyles.

 

Grimoire : bouquin de cuisine d'une sorcière. Source de puissante magie, ou d'informations herbothérapeutiques. Inspiration de jeux de mots sur la peau de souris : Gris moire. Ou sur les héritiers de Grimm, à la médiévale : Grimm-hoirs. 

 

Glisser : verbe. Utilisé pour rire dans de fameuses contrepèteries. Chargé d'une imagerie malencontreuse. Avec une peau de banane...

 

Goémon : matière végétale venue de la mer, cousine des algues, récoltée comme engrais, comme fourrage et comme composant du yaourt. Fait culturel atlantique.

 

Et Gobelin, évidemment. Lancaeriel ne m'aurait jamais au grand jamais pardonné de l'avoir oubliée dans le GDGNq. Petits êtres verts, si on en croit les cartes Magic (marque déposée), mais selon Lank, plutôt marronâtres, pas spécialement plus attrayant en termes de couleur. En tout cas, leur grande fierté, c'est de pouvoir en remontrer aux nains dans leur guerre pluriancestrale et sans fondements (avérés...) dans un concours de descente de chopines d'hydromel acerbe. Il est arrivé que les gobelins gagnent...

 

On aurait pu rajouter gargantuesque, gamelle, gorgonzola, griotte, gueuleton, garrigue, j'en passe et des meilleurs...


Le Grand Dictionnaire du Grand N'importe quoi continue, générant grande gravitation de génuflexions et géniales gesticulations garantes de la gérontocratie grammaticale, gagnée par une génétique gouailleuse à une graphie gigogne, grevée au gourdin de gradins grotesques.

 

Ghân(Bhûri) Ghân, emprunté pour l'occasion,

de passage sur ChronikRdesRoyaumes

Par Lank Ayrill Pendragon - Publié dans : Alphabétics
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Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 11:54

D'anciennes chroniques nous racontent les aventures d'un homme...un grand homme, enfin un homme de taille moyenne, qui, selon la légende, parcourut l'intégralité de la carte de son monde et revint au bercail pour couler une vie tranquille sous les cocotiers, où il était encore il y a deux jours, dans l'attente d'un énième texto qui l'enverrait à l'aventure avec ses "chers" compagnons...

 

"Bofor l’aventurier était de retour en ville. Il cherchait en cet instant à se constituer une Dream Team pour s’attaquer à la cité perdue de Glaglaznak. Après avoir ouvert divers donjons, occis diverses sortes de dragons, des petits Gnoufs aux gigantesques Grosniak, profité des coffres de plusieurs nobles bien garnis, aimé toutes sortes de femmes, depuis les trollesses jusqu’aux ravissantes mais minuscules fées des clairières, Bofor, épuisé par tant d’aventures, était revenu au bercail de Kokonutbell. Une bien grande ville que KKNbell (pour les intimes), comptant en tout et pour tout 5698 habitants, une auberge, un cirque, un magicien, un donjon, une mini-forteresse pour aventuriers juvéniles et débutants, ainsi que plusieurs tavernes pour les rencontres inter-aventuriers qui formaient 79% du commerce local. Bofor s’était installé à la taverne du Gnoll Affamé, où d’ordinaire se pressaient les aventuriers sans emploi ; c’était en quelque sorte l’ANPE du donjon de KKNbell. Bofor était un humain, quoiqu’on racontait que, au vu de son intelligence sur-développée, il était à craindre que son ascendance ne soit composée et d’ogres et de trolls. Il était de taille moyenne, il était rôdeur de profession, bien qu’il ne soit pas nécessairement fou amoureux de la nature (cependant sa dernière conquête s’appelait Dalian, une fée des bois ! ). Il était donc rôdeur, blond du moins aux dernières nouvelles, il avait les yeux verts et on racontait ( va-t-on savoir !) qu’il était même doué de l’infra vision, mais cela seulement une fois toutes les 35 heures. Il était à ce moment de l’histoire attablé dans la taverne précédemment mentionnée."

 

La suite de ses aventures comprend l'exploration de la cité perdue de Glaglaznak, après un détour par devant un dragon rouge, supposément pas à leur programme, le vol de son trésor le plus précieux, le démontage d'une épée à garde rétractable, antenne parabolique intégrée, bouclier +3 magique, barbecue aux ultra-sons, heure à tous les fuseaux horaires, laser, vision thermique, infra-rouge, ultra-violet, détection nucléaire et GPS haute précision(seul ennui, c’est qu’elle est pas très pratique pour se battre…), et autres péripéties à découvrir dans les rouleaux des chroniques perdues, (prochainement disponibles sur Twitter). 

 

On lui attribue également la revendication de la guerre des Terres du Centre-ville dans son univers, ainsi que le paiement des réparations à l'auberge de la Borne du milieu, de même que, sentimentalement parlant, des amourettes avec des individus femelles de toutes espèces, dont une Barbare walkyrie, adepte des foires de sa contrée natale. 

 

Bofor, le héros à suivre.

 

Et ce, malgré son agent, Harnak, Grosniak de la contrée du Nord, malencontreusement à l'hôpital depuis qu'un nain lui a abattu une hache sur la tête, en plein milieu d'une négociation de son droit à l'image...

(La seule bonne action de ce nain, à mon avis...)

 

Il est le chef de la A-team de KKNbell.

Et pour parler d'eux, juste une phrase : qui ne sait rien ne peut qu'apprendre... 

A côté de la A*-team de Bofor ,  Sacré Graal et Naheulbeuk ensemble (tous droits d'auteurs à leurs Césars respectifs) font figure de Prix Nobel de physique...

Mais ils n'arrêtent jamais. Persévérance, une quête après l'autre, et la gloire au bout du chemin ! Il y a encore un bout de chemin...


Bofor, le héros qui remplit de la paperasse.

Pas moins de cinquante mètres linéaires de leurs archives d'infractions au code de l'aventure à ce que racontent les archivistes du Grand Central des Aventuriers...

Mais ceci est une autre histoire. Et un autre chapitre du Dit des Héros...


Parfois, on se demande comment ils ont fait pour parvenir à y entrer.

 

Lancaeriel Pendragon

Scribe Ultime de tous les Mondes

the-long-tree

 


 

*dans le classement officiel, plutôt une Z-team, en fait - les remplaçants stagiaires des remplaçants des remplaçants des doublures des rattrapeurs de ballons...

 


Par Lank Ayrill Pendragon - Publié dans : Le Dit des Héros
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Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 11:00

Hier soir, avant-première au MK2 Bibliothèque de Beginners, de Mike Mills, qui sort sur les écrans le 15 juin prochain.

 

http://www.fiche-film.com/images/affiche/10/10/beginners-8.jpg


Oliver (Ewan Mc Gregor), graphiste, vient de perdre son père, Hal (Christopher Plummer), mort d'un cancer généralisé. Beginners raconte à la fois leurs derniers moments passés ensemble, après qu'il a révélé à son fils son homosexualité, et son deuil et (ré)apprentissage de l'existence, auprès de Anna (Mélanie Laurent).


 

Un beau film sur la tristesse et l'optimisme, sur le désespoir et l'espoir vécu comme une posture de combat. Moralité de l'histoire, si jamais il y en a une : ne jamais renoncer à voir les bons côtés de la vie.

De bons sentiments sans doute, mais porté avec finesse et subtilité par une équipe radieuse. Mention extraordinaire au trio d'acteurs principaux : Ewan Mc Gregor, Mélanie Laurent et Christopher Plummer. Justes et juste excellents. La réunion d'amis dans la chambre d'hôpital de Hal, la première rencontre d'Oliver et Anna, Oliver à sa table de dessin, etc., je ne peux décompter mes scènes préférées, à moins de raconter tout le film ;)


L'art joue un rôle important dans cette histoire, à travers le dessin, le graffiti, l'architecture, les musées (Hal était historien de l'art). Et l'histoire personnelle trouve un écho dans l'Histoire des Etats-Unis (les "tags de conscience historique" d'Oliver)

Mention aux personnages secondaires de l'histoire, qui, bien que secondaires, participent de l'enjoyment : ses amis qui charrient Oliver sur son silence désespéré dans la voiture... ou le club gay de Hal, tous ses amis réunis autour du feu d'artifice en son honneur sous l'égide d'Andy (Goran Visnjic, étonnant), le groupe The Sads (pour une simple pochette d'album se voit remettre une pochette d'un kilomètre!)


Mention à Cosmo (Arthur le chien) qui nourrit des scènes d'anthologie de dialogue (si, si ! Le chien "parle" ! - OK, par sous-titres interposés...).

http://cinemafanatic.files.wordpress.com/2011/01/beginners1.png

 

Quant à la groupie qui dort peu profondément en moi, elle a eu le plaisir de voir en chair et en os Mélanie Laurent, Mike Mills eux-mêmes (ils sont marrants en vrai), ainsi qu'Harold Manning, auteur des sous-titres français. Ewan Mc Gregor...


Tant pis, fan écervelée ! J'ai vu un beau film et je crois bien que Oliver et Anna viennent de rentrer dans mon panthéon d'amoureux de classe cinéma. Et le mot de la fin, après Beginners, c'est "Enjoy".

 

Bravo, Mr Mills ! Film, writing, casting...Xtra !

MgS

 

[enjoy = apprécie]

Par Lank Ayrill Pendragon - Publié dans : In Real Life
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Dimanche 5 juin 2011 7 05 /06 /Juin /2011 13:54

Ce sera ma seule incursion sur ce terrain amplement labouré par l'actualité depuis les faits. Il se trouve qu'une de mes dernières lectures m'a donné de quoi fonder une intervention sur le thème : à prendre de la hauteur, plus dure est la chute.

 

The mightier man, the mightier is the thing

That makes him honoured or begets him hate,

For greatest scandal waits on greatest state. (v.1004-1006)

 

[Plus puissant est un homme, plus puissante est la cause

Qui le fait honorer ou engendre la haine ;

Plus grand est le scandale qui s'attache aux plus grands.]

 

 

A travers Le Viol de Lucrèce, William Shakespeare prouve une fois de plus son génie et sa parfaite compréhension de la nature humaine, des rapports sociaux et des codes qui régissent (devraient régir) nos rapports.

 

Suite aux louanges que son ami Collatin a fait de la beauté et de la vertu, sans pareilles, de son épouse Lucrèce, Tarquin rend visite à cette dernière avec le projet de la faire sienne à tout prix. Projet qui n'est que renforcé par la rencontre avec l'honorable dame romaine, mésestimée même par les louanges de son mari. Au plus profond de la nuit, il force la porte de sa chambre et la viole, indifférent à ses appels à la compassion, à son sens du devoir, à sa foi, à son intégrité. Son forfait accompli, il s'enfuit, laissant Lucrèce au désespoir de pouvoir sauvegarder l'honneur de son mari. Après longue réflexion, elle fait revenir son mari en urgence et se tue sous ses yeux, après lui avoir dénoncé le forfait de Tarquin et lui avoir arraché la promesse de la venger, convaincue alors d'avoir agi pour le mieux. Au désespoir, Collatin compte la rejoindre, mais Brutus lui prouve que bannir Tarquin est une meilleure idée.

 

 

Et des passages entiers de son poème pourraient être décalqués sur l'affaire qui occupe les devants de la scène médiatique, depuis l'autre rive de l'Atlantique, que le politicien présumé innocent, médiatiquement coupable, aurait gagné à lire avec plus d'attention. 

 

Who buys a minute's mirth to wail a week,

Or sells eternity to get a toy ?

For one sweet grape who will the vine destroy ? (v.213-215) 


[Un instant de joie au prix d'un mois de chagrin,

Qui l'achète ? Qui vend l'éternité pour si peu ?

Détruit la vigne pour ne savourer qu'un seul grain ?]

 

Une leçon sur les dérapages viciés des puissants, que Lucrèce donne directement à Tarquin, son agresseur.

 

Thou seem'st not what thou art, a god, a king,

For kings like gods should govern everything.(v. 601-602)

[Tu ne parais pas qui tu es: un dieu, un roi.

Rois, dieux, gouvernant tout, se doivent gouverner.]

 

If in thy hope dar'st do such outrage,

What dar'st thou not when once thou art a king ? (v. 605-606)

[Dans l'attente du trône osant un tel outrage

Que n'oseras-tu point quand tu seras roi ?]

 

De singulières résonances ? 

 

Plus généralement, en plus de la séduction opérée par ces idées exprimées si musicalement, Shakespeare offre la conviction qu'un gouvernant, ici dans le contexte de son histoire monarque, se doit d'être exemplaire.

 

Thy princely office how canst thou fulfil

When, patterned by thy fault, foul sin may say

He learned to sin, and thou didst teach the way ? 

(v.628-630)

[Et tes devoirs princiers, pourras-tu les remplir

Si le Péché peut dire, prenant sur toi modèle,

Qu'il fut à ton école et suivit ton chemin ?]

 

Une leçon que le monde politique n'a pas, plus (ou jamais) assimilée... Décidément, ce Viol de Lucrèce devrait être au programme de toute promotion de mégalomanes, voulant dominer le monde. Rappelons pour mémoire que Tarquin se fait bannir.

 

For princes are the glass, the school, the book

Where subjects'eyes do learn, do read, do look.(v. 615-616) 


[ Les princes sont l'école où le sujet s'instruit,

Le miroir qu'il contemple et le livre qu'il lit.]

 

Par suite, il ne leur faut pas oublier que leurs faits et gestes sont relativement bien évidents (au sens propre du terme - bien voyant]

Là encore, pas forcément la leçon la mieux apprise au sein des puissants.


Gnats are unnoted wheresoe'er they fly

But eagles gazed upon with every eye. (v.1014-1015)


On ne voit point les moucherons où qu'ils volettent,

Mais les aigles attirent sur eux tous les regards.

 

Troublantes, ces résonances ?

A croire que l'histoire se répète et que le modèle homo sapiens n'a pas grandement évolué depuis le XVI° siècle. Hélas ! 


Accusé d'un forfait similaire à celui de Tarquin, pour une motivation sans doute proche, notre politicien "dans l'attente d'un trône" eût tiré profit a priori de la relecture de ce poème de William Shakespeare, qui donne toutes les clefs d'interprétations d'une chute depuis les sommets.

 

En direct depuis le XVI° siècle, William Shakespeare aurait eu à dire sur cette affaire outre-Atlantique. Histoire de nous rappeler qu'en France en 2011, pas plus qu'à Rome sous l'Antiquité, ou en Angleterre du XVI° siècle, nos puissants sont loin d'être (ou même rien que de chercher à être) exemplaires.

 

Conclusion : Il est temps que ça change !

 

Let guiltless souls be freed from guilty woe.

For one's offense, why should so many fall

To plague a private sin in general ? (v. 1480-1484)


[Que l'innocent échappe aux maux du criminel !

Pour l'offense d'un seul tant d'autres devraient-ils

Souffrir d'un crime unique la peine universelle ?]

 

*toutes les citations viennent de l'édition bilingue des Oeuvres complètes de Shakespeare, sous la direction de Michel Grivelet et Gilles Montsarrat, du volume Tragicomédies II et Poésies, coll. Bouquins, Paris, Robert Laffont, 2002.

Traductions françaises de Robert Ellrodt.

 

PS - Dernière note sur la mort de Lucrèce, qui meurt en croyant avoir agi au mieux. Réaction "intéressante" de Brutus à ce sujet, comme il voit le père de Lucrèce et Collatin se lamenter à qui mieux mieux sur son cadavre, et quand Collatin entreprend de se supprimer à son tour, (v1825-1827)


Such childish humour from weak minds proceeds ;

Thy wretched wife mistook the matter so

To slay herself, that should have slain her foe.


C'est une humeur d'enfant qui vient d'une âme faible ;

Ta malheureuse épouse a fait la même erreur

En se tuant au lieu de tuer l'agresseur.

 

Oups ! Parlez-moi d'une mort inutile...

 

MgS

IrlSc.


 


Par Lank Ayrill Pendragon - Publié dans : Book Reviewer
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