Allez, vous avez tous lu au moins un Harlequin™ dans votre vie. Juste pour voir...
Pour ma part, j'en ai bien lu une trentaine, entre les Harlequin™ proprement dits, les Barbara Cartland, les Danielle Steel et consoeurs, ainsi que Twilight et compagnie.
Commençons par un constat : c'est toujours la même histoire.
Et si c'était la réalité, la réalité des Harlequin™ serait un cauchemar. Un genre plein de personnages descriptibles en termes d'Amour, gloire et beauté, et très unidimensionnels.
Et si la gloire n'est pas au rendez-vous au départ, attendez ! Elle arrive à grands renforts d'amour avec un grand patron, avec une star de cinéma ou autres ersatz de la gloire, auréolés d'un charme magnifique.
Parlez-moi de rêve sous emballage, je vous montrerai ces livres de poche à couverture bleue, voire rouge (pour les incursions dans les dessous osés).
Par suite, le pire commentaire que j'aie jamais entendu avait comparé Jane Austen à un Harlequin.
Certes. Il y a bien communauté de finalités : le mariage. Mais autrement...
Rien à voir.
Déjà, Ms Austen ne nous impose pas de considérer ses personnages comme les combles de la perfection humaine en termes d'esthétique - c'est un jalon indispensable de l'écriture de la collection rouge et bleu.
Ensuite, ses personnages font des plans, réfléchissent, discutent, font preuve de sarcasmes, d'humour, de toute l'étendue enfin du langage de salon. Les Harlequins ne discutent pas. Ils causent de thèmes préétablis. Famille, argent, sexe,...bref, leurs centres d'intérêts et leurs psychologies tiendraient sur un mouchoir de poche.
Il faut simplifier le matériel des rêves pour les influencer.
A vrai dire, nos rêves eux-mêmes ont de fait plus de complexification qu'un Harlequin.
Le Harlequin™ est une méthode d'inception© de malade !
Question humanité, la collection n'est pas à la pointe du progrès. Gagnent les beaux, riches et célèbres et combien de personnages - qu'on nous dépeint comme ayant été imbuvables (masculins surtout, ne me demandez pas pourquoi !) et dont on s'aperçoit qu'ils le sont restés (un peu - où serait leur charme, sinon ?) - sont finalement conquérants à nouveau de leur "timide" ex (devenue plus flamboyante entre-temps, surtout professionnellement) !
On aurait pu penser que gagner en potentiel épanouissement aurait appris une chose ou deux à ces ex à propos de leurs anciens compagnons qui les avaient empêchés de prendre cette route-là...Mais non. Pas d'histoire Harlequin sinon.
On pourrait extrapoler en disant que cette collection nous dépeint le romantisme le plus absolu sur le thème : l'amour ne connaît pas de raison, l'amour ne meurt jamais.
On a quand même fréquemment des situations au bord de la fascination pour la cruauté mentale (hommage inconscient de la collection aux Liaisons dangereuses ?), selon la bizarre équation : amour = souffrance infligée ?
Exemple : Twilight.
Pas directement un produit Harlequin™, mais tout à fait proche pour que mon ressentiment puisse trouver à s'exprimer.
Pourquoi est-ce Edward qui gagne Bella, alors que Jacob est à côté ?
Pourquoi est-ce la mort qui gagne, quand tout en Jake symbolise la vie ?
Pourquoi choisit-elle celui qui la plonge dans une page blanche démentielle, couronnée par le seul passage du temps (dans le roman : après son départ )?
Note additionnelle : comment expliquer le succès d'une héroïne aux tendances suicidaires affirmées ?
Comparativement, the Host de la même Stephenie Meyer est incomparablement plus optimiste ; Wanda, si elle souffre encore d'un complexe du martyr, n'est pas le moins du monde suicidaire.
De mon point de vue, ce cher Edward exagère, tout comme le professeur Higgins dans My fair lady. Mais ce n'est que mon avis.
En face, je sors un autre atout : Persuasion. Synopsis : soient Anne Elliott et Frederick Wentworth, sept ans après que Anne a rompu leurs fiançailles pour cause de pression familiale, comme les Elliott, à l'orgueil aristocratique, ne pouvaient décemment laisser entrer un jeune marin sans fortune, Anne était bien trop jeune et la guerre avec Napoléon venait de commencer. Sept ans plus tard, la guerre finie, Frederick rentre enrichi des batailles océaniques et ils se revoient, sans plus rien apparemment de leur ancienne histoire. Pourrait-on croire, parce qu'évidemment, Anne a des regrets et Frederick va ouvrir les yeux sur ce qui le pousse. Harlequinesque ? Ou presque, car les deux personnages se débattent dans l'écheveau de leurs décisions, de la pression familiale sur les jeunes, de leur amour. On y parle de constance, d'orgueil, d'erreurs, de caractère, d'humeurs, de résolution, de convoitise et d'une des plus lettres d'amour jamais écrites. Quel Harlequin peut rivaliser, sincèrement ?
Le challenge serait donc d'investir les règles du genre Harlequin, pour le perfuser de subversions littéraires. L'auteur qui réussira ce tour de force, de produire un roman sentimental avec ce je-ne-sais-quoi qui fait les chefs-d'oeuvre, aura droit, je pense, à une page spéciale de La plume est plus forte que l'épée.
Autrement dit, complexifier le simple, instiller de la couleur dans le noir et blanc... à l'instar du meilleur des comédies sentimentales américaines.
Et si le dit auteur (homme ou femme) pouvait donner un peu plus de jugeote et d'imagination à ses personnages, par la même occasion...je lui tirerais mon chapeau fictif.
Cordialités aux Harlequins,
MgS

IRLscrib
()© Warner Bros.Pictures.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires


